Semaine pistage 23-25 janvier 2022

« Pour que nos rêves deviennent nos souvenirs… »

Direction le Jura encore une fois, le Jura Vaudois en Suisse. Autour du Mont Tendre point culminant du Jura Suisse 1679m. Parti avec 5 jours d’autonomie, 4 nuits en cabane non gardée et possibilité de dormir dehors. Je suis parti avec Jean Alfredo, paysagiste et artiste auteur, on voulait partager nos histoires, nos observations du monde et aussi profiter entre amis d’une pause dans le temps.

Jour 1

23/01/22

14H30 Ca y est, dernier repas chaud confort au van. Le sac est fini, sur le dos, raquettes aux pieds, on part du Col du Marchairuz.

14H35

– Merdeee?!!

– Quoi ?

– J’ai pété ma raquette…

14H45 On repart de la voiture la raquette réparée avec du ficelou de grimpe, toujours en avoir sous la main en itinérance.

Dés le départ, nos sens à l’affût de traces, d’indices, d’observations. On part rapidement en azimutant une cabane en point de chute, en suivant pendant le temps de la journée des traces, tantôt de proie, tantôt de prédateur.

Rapidement, nous voyons des voies de lièvres et d’hermines. L’excitation est là. L’objectif du trip est déjà atteint.

Je récolte quelques fèces de biches, pour ma collection.

Les traces sont nombreuses et plus ou moins anciennes. Les vieilles traces s’érodent avec le temps, le soleil, et la fonte. Parraissant parfois plus grosses ou difrome par rapport à l’original. Nous nous dirigeons vers la sèche de Gimel, puis la cabane de la pierre à l’Ecusson. Le paysage est envoûtant, on s’arrête pour une pause. Croquis pour Jean, écriture et réflexions pour moi. Tisane. Observations. Le temps passe.

Bien.

La course du Soleil rythme le temps, les minutes s’allongent, le bruit des mésanges au loin agrandissent l’espace.

Le séjour en itinérance s’établit dans le temps et l’espace. Nous sommes dans un temps très long.

Sur le trajet, des chevreuils ont gratté des troncs, des sangliers retourné la terre. La forêt est pleine de mouvements dans nos imaginaires.

17h 00 La réalité du moment, là, à la venue de la nuit, les ombres portées des épicéas. Plaisir gardé de la fin de journée.

Nous avançons bruyamment en raquettes, malgré tout, il y a des bruits dans la forêt.

La cabane de la Joratte, 3 randonneurs, 2 bouteilles de vin à vis dans la banquette de neige. Ils font du bruit, ils vivent leur vie. Ils discutent, coupent du bois. On va à leur rencontre, discuter avec d’autres humains qui viennent profité du lieu.

Une cabane du Jura Suisse.

– Bonjour !

– Bonjour ! (rire)

– C’est déjà l’heure de l’apéro ?

– Non non ( rire), nous sommes juste venus manger la fondue. Mais on a oublié le formage à la voiture…(Rire)

Un des deux hommes du groupe est reparti à la voiture chercher le fromage.

Le prétexte pour venir ici, cette fondue, sans elle tout serait différent.

Nous descendons Sud chercher notre refuge pour la nuit. Avec des arrêts de plusieurs minutes, immobiles, en silence pour capter le son du vent dans les branches. Les épicéas sont en mouvements eux aussi à leur manière, dans une autre échelle.

Il faut changer de référentiel, de temps et d’espace, c’est notre prétexte.

Le rituel pratique de l’itinérance hivernale.

Poser les affaires – chercher comment fonctionne la cabane – le poêle- le tirage- ramasser du bois sec sur pied – allumer un feu – se changer – ramasser de la neige dans un sac plastique- faire de l’eau- faire bouillir- faire de la tisane.

Boire la tisane

Ajouter un peu de Chartreuse dans la tisane.

Penser à demain, où, comment, pourquoi ? En lisant la carte nous cherchons des lieux de passages forcés pour les animaux, des goulets, des cols.

Penser à notre journée, l’errance dans le paysage blanc, la simplicité de la marche.Nos émotions, la joie de voir de belles traces, de beaux murs en pierres. Nos observations des paysages typiques de prés bois. Ancrer les souvenirs.

Il faut cuisiner, alors on coupe un poireaux, dans du quinoa avec de la soupe miso, des épices et avec du fromage ça sera parfait !

C’est Bon ce que l’ on mange, chaque combo de nos victuailles est parfait. Le plaisir de manger quand on a faim !

22h00 On a pris le temps. Rangement de la cabane pour installer nos couchages.

On sort une dernière fois observer les étoiles et écouter un long moment, la vie d’ici.

Rien

Bonne nuit

Jour 2

5h30 Il fait froid, on met du temps à sortir du duvet. Il fait 4° dans la cabane. On a perdu 20° en quelques heures. On s’est mal habillé, une erreur mais tant pis, on rallume un petit feu. On fait chauffer de l’eau et on petit déjeune.

6h45 On part vers un petit goulet où il pourrait y avoir du passage.

Marcher au point du jour sans frontale, la vision s’adapte et augmente à la mesure que le soleil se lève. L’éclairage rend la forêt étrange, avec des ombres chinoises, proposant des créatures à notre imaginaire.

Le goulet.

Il y a des animaux qui sont passés ici, renards, chevreuils, lièvres. On trouve un morceau d’os, ça ne date pas de la nuit. Nous ne savons pas d’où il vient. on s ‘en écarte pour pouvoir observer à l’écart.

On se poste sous un épicéa. On mange un bout encore, fromage, pain, graines.

Ecoute !

– Quoi ?

-Non rien…

Durant une heure, on écoute et on observe. Des pics noirs au moins trois qui tambourinent et cherchent leur repas. Rien d’autre.

Fourmilière prédatée par un Pic Noir.

Jean Alfredo a fait une bonne sieste aussi, pour rattraper la nuit froide et prendre de l’avance sur la journée.

On repart vers le Nord, ici pas de loup ni de lynx depuis quelques semaines déjà. Ils se sont déplacés. On a discuté avec des photographes qui nous renseignent. Rien de mieux que des locaux passionnés, pour avoir des infos.

On choisit la cabane des scouts, arrivée avant 17h.

Voila une route. De la vie humaine, société pétrolisée où l’enrobé est sujet au plaisir et synonyme de confort et de facilité. La voiture est un accessoire de richesse, un objet entraînant souvent trop souvent la mort et le stress chez les habitants des lieux.

Nous nous éloignons azimut à l’œil, Nord Est en pistant en sous bois et à l’orée du bois.

Les pauses croquis alternent avec les pauses réparation de raquettes. Jean a cassé sa seconde raquette. Nos techniques de nœuds et notre adaptation sont sollicitées.

La journée est longue surtout avec les gros sacs. Au moins 10 kilomètres au total.

On continue en pistant les animaux des lieux : chamois, lièvres, renards, ski doo, raquettes, ski nordique.

Encore un goulet avec un col, nous trouvons un bassin d’ongulé avec une patte, il n’y a plus de chair. Nous fouinons et nous tombons sur la mâchoire. C’est le seul trésor trouvé dans le coin.

Une mandibule inférieur d’ un chevreuil adulte.

16h59 Nous tombons direct sur la cabane, ma mémoire, mon sens de l’orientation et mon estimation du temps ne m’a pas fait défaut encore aujourd’hui.

Cabane secrète perdue sur une vire, sciemment postée là pour profiter de la vue. Profiter des moments de vie entre gens qui savent. Cabane où les besoins sont maigres et les cSemaine pistage 23-25 janvier 2022œurs emplis de joie.

Seuls nous contemplons la vue, la vie.

– Quel mégalomane assez fou, peut prétendre connaître la Nature ? Ce qui est bon pour Elle

Le brouillard nous sépare des villes du bassin Lémanique.

L’infini est là. Les nuages nous rappellent ce que nous imaginons être le glacier du Rhône il y a seulement 10 000 ans.

Ici, nous prenons une mesure, une mesure sur nos vies.

Allons manger.

Quinoa, poireaux, miso, sauce Kikkoman( trouvé au refuge), fromage !

Repas gargantuesque plein de folies.

Sortie étoiles rapide

21h30 Bonne nuit.

Jour 3

6h00

There’s a natural mystic Blowing through the air, if you listen carefully now you will hear… 

Bob marley n’a pas su nous réveiller ce matin.

7h00 Feu, eau, tisane, café, Levé de soleil. C’est toujours intense le levé de soleil depuis le Jura, plein Est derrière les Alpes. Elles se dessinent en ombres chinoises de la Jungfraü, en passant par le Cervin plein cadre avec son épaule, le Mont Blanc évidemment et jusqu’aux Bauges et les Aiguiles d’arves terrain de jeux et d’expériences avec des clients, Bureau des guides de Chambéry, Bureau Montagne des Arves. La Meije et la Barre des écrins sont présentes à l’appel aussi

Ptit dèj, porridge, tisane, vaisselle.

Nous partons vers le creux d’enfer de Druchaux, il fait déjà chaud au soleil, la forêt reste sombre et froide. Les traces fraîches de tétraonidés sont nombreuses, je prélève quelques crottes. Coq de bruyère, tétra lyre, gelinotte (?).

Fantastique. Nous observons sont comportement dans un temps décalé.

– Regarde, t ‘en penses quoi ?

– C’est quoi ce truc ?

– Une voie de Coq de Bruyère !!

– Il a mangé ici, a marché par là…

– Haaa, il s’est stationné la, est reparti sous l’épicéa…

– Ici un tétra lyre a croisé la trace et a gîté quelques heures.

– On se poste un moment au soleil ici ?

– De quoi faire des croquis et ingérer ce monde silencieux.,…

Jean en plein croquis.
Le croquis final.

Les sons d’oiseaux sont à peine audible sous les circulations d’avions incessantes. Le ciel est tracé de toute part… Pollution visuelle et auditive de notre infini… On lève le camp après une heure d’attente.

Ciel rayé d’avion

– Ca doit pas être facile la communication des animaux ici sous les avions de touristes ou de gens d’affaires…

– Quoi ?! J’entends rien ?!

Décalage de l’instant.

Les murs en pierres sèches parcours le paysage, patrimoine et savoir faire rebâtis en pays suisse. Ici, ces œuvres suivent la ligne de crête parfaitement. Les paysages ne sont pas pollués de barbelé ou de plastique qui transmet un courant électrique. Les animaux sauvages peuvent circuler grâce à la neige qui le recouvre par endroit. En été, ils n’entreront pas dans les parcs.

Nous allons au refuge de Bon Accueil, en cherchant des traces au alentours encore.

15h45 Il est encore tôt. Nous prenons de l’avance sur la soirée, corvée de bois, de neige, d’eau et de tisane.

16H30 On se poste pour le coucher de soleil, dans une combe en contre bas. Sous un bosquet d’épicéas.

Il n’y a pas de neige.

Nous, et les derniers rayon de soleil chaud.

Silence.

La luminosité baisse, notre résistance au froid aussi. Immobile on écoute, on regarde.

Rien.

18H15 on se lève pour aller au chaud les pieds engourdis. Encore rien vu bouger, mais ce moment de calme est salvateur.

19H30 L’eau est prête, la popotte aussi. On mange (encore) du quinoa, oignons, fromage. Tranquille, en discutant du monde visible et invisible. On se raconte nos rêves de vie, nos utopies. Viens le temps de faire un parallèle avec nos vies réelles qui ne sont pas tant éloignées.

20H30 Viens des frontales. 3 gus en skis viennent manger la fondue. On les accueillent bien volontiers, même s’il viennent briser notre discution sans limite.

Ils sont informaticien, agronome et géologue/lepitdopteriste pour le dernier. Un peu d’alcool vient délier le fromage et les langues. Nous parlons de nos prétextes de venir ici et des observations. Nous questionnons Vincent Baudraz le spécialiste suisse des papillons.

-As tu fais des observations d’adaptation des espèces aux dérèglements climatiques ?

-Oui…

Il nous expose ce qu’il a vu, le bouleversement des espèces, certaines disparaissent d’autres s’ adaptent. Ces espèces qui se sédentarisent ici grâce au changement de climat.

Nous lui exposons notre point de vue sur les changements au niveau végétal.

– Certains considèrent les espèces colonisatrices, ou nouvellement adaptées comme invasives. Mais n’oublions pas de préciser que sur une échelle de temps plus ou moins court, tout autours de nous, était sous la glace, il n’y a que 10 000 ans encore…

-Qui est invasif alors dans le temps long ?

Les êtres vivants les mieux adaptés sont très résistants et sont en train de supplanter nos espèces dites ‘indigènes’. Mais tant mieux. Les espèces locales sont vouées à disparaître, hêtres, épicéas, érables, frênes, sapins, toutes sont malades de parasites, champignons, coléoptères et tout simplement du chaud et du stress hydrique.

Un épicéas reneversé, avec un congénère opportuniste…

Nous lui parlons de géologie, de formes étranges vues dans le calcaire aujourd’hui.

-Je ne suis pas un géologue comme les autres. Je suis spécialiste des roches métamorphiques, et de leur composition. Désolé. Mais on peut faire l’hypothèse d’un début de poussée de silice dans cette roche.

Il nous explique devant ses amis toujours à l’écoute de ses discours fleuris, plein d’anecdotes.

Je remets du bois au feu pour que l’ on est encore plus chaud ! Les blagues remplacent les critiques politiques sur nos deux pays trop vite clivants.

Vincent pleure de rire des imitations de Jean Alfredo

-Je mouille la table avec mes larmes de rigolade !

Après avoir bien rit, cette rencontre improbable nous redonne de l’espoir sur le personnes sensibles et leurs engagements pour un monde supportable pour nous et les autres vivants.

23h47 Allons nous coucher, chacun chez soi et pour nous, ici sera notre domicile pour la nuit.

Jour 4

9h00 Trop de vin, trop de Chartreuse, Bob Marley ne fait plus rien….

Petit dèj avec la cabane éclairée par le soleil.

On mange bien encore ce matin !

Nous décidons qu’après tout ce que l’on a vécu que nous pourrions rentrer sauf si nous trouvions quelque chose. Alors, on va direction Sud, le col, le parking. On y pense pas, l’espoir de trouver un paysage à croquer, une scène de crime, ces idées nous animent.

Alors, on marche, l’esprit léger à se remémorer les blagues d’hier, se dire que l’ on aurait pu se trouvé ici… L’impermanence de la vie, la part de l’incertitude dans nos vies…

La trace est évidente et plus on va vers les pistes de skis, vers la route, moins nous voyons de traces d’animaux. La frustration de vivre dans ce monde si peu sensible. Mais Vincent et son immense capacité de réflexion digne des grands esprits nous remotivent à avancer.

Nous faisons encore des pauses croquis, sieste, en-cas…

Bloc diagramme du coin

La forêt s’ouvre sur la route. La route sans trottoir, sans rien pour nous protéger. Nous sommes redevenus des animaux, jusqu’ici dans notre milieu équipé pour survivre, maintenant nous sommes vulnérables. Nous devons courir pour traverser. Le bord de route est hostile, les voitures passent à 80km/h, il n ‘y a pas de bas côté. Vivement le fourgon.

Ca y est la rando est finie. Nous mangeons des fruits, nous avons de l’eau propre, des habits propres…

Qu’est ce que ça à changer chez nous ? Tout ! Mais rien à la fois. Les apprentissages de la marche ne se délivrent pas sur diplôme mais s’ancrent au plus profond. Et à chaque fois viennent bousculer nos certitudes, notre éducation.

Fin du voyage, en route vers la fromagerie pour acheter des bons fromages, et du bon vin du jura. Il nous faudra bien ça pour subir les panneaux de publicités rencontrés en arrivant à la ville. Les multiples panneaux, les milliers de voitures, les parkings éclairés, les cours d »eaux endigués.

Quand est ce qu’on repart ?

Professionnellement et passionnément : Accompagnateur en Montagne et Jardinier Paysagiste.


Né en 1989 à Lancrans dans l’Ain, je navigue dans les montagnes depuis de nombreuses années. De manière sportive et naturaliste sur les crêtes du Jura puis dans les Alpes au sens large. Escalade, vélo rando, randonnée du vertige, ski de rando, randonnée raquettes.

J’ai voyagé au long cours en Asie et Nouvelle Zélande sac au dos à la découverte du vivant, et l’envie de guider des randonnées pour observer, arpenter le paysage est patiemment devenue une réalité.

Aujourd’ hui je vais en montagne de manière plutôt naturaliste. Je prends le temps d’herboriser de déterminer, d’observer les adaptations des espèces face au climat, la météo, l’altitude, le tourisme, l’agro pastoralisme et le loup.

J’ai des connaissances variées pour vous conter des histoires sur les habitants (inter-espèces) des territoires que nous traverserons. Mon domaine de prédilection étant quand même le monde végétal.

Mes sources d’inspirations durant ce trip sont : Jean Henri Fabre un naturaliste hors pair référence des observations durant toute sa vie, Jean Michel Bertrand et Laurent Geslin réalisateur et observateur des grands prédateurs que sont le loup et le Lynx

Trek des 3 cols khumbu glacier


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